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Référentiel MASE 2024 : ce qui change pour la culture SSE

Entre 2014 et 2024, le référentiel MASE a changé de question : il ne demande plus si un dispositif existe, mais ce qu'il produit. Les changements qui comptent, et huit questions d'audit pour les vérifier.

Expert HSE, auditeur MASE

« 2014 demandait si le dispositif existe. 2024 demande ce qu'il produit. » C'est ainsi que Christophe Lacu, notre expert HSE, auditeur MASE et membre de COPIL MASE, résume le passage au référentiel MASE 2024. Lors d'une intervention devant un comité de pilotage MASE, il a comparé les deux versions sous l'angle de la culture SSE. Voici ce qui change, et les huit questions d'audit qui permettent de le vérifier.

Référentiel MASE 2024 : de l'existence à l'effet

Côté cotation, chaque question porte des points et une lettre : V pour une cotation variable, B pour une cotation binaire (tout ou rien), VD pour une cotation variable doublée en renouvellement. Une question à 50 VD vaut donc 100 points lors d'un audit de renouvellement.

Entre MASE 2014 et 2024, quatre paires de questions suffisent à montrer le mouvement :

  • Retour d'expérience. 2014 demandait s'il existe un dispositif de capitalisation (3.4.7, 25 VD). 2024 demande si cette capitalisation permet d'améliorer les pratiques de l'entreprise (3.4.13, 50 VD).
  • Remontées d'information. 2014 demandait si le dispositif est appliqué (4.1.14, 25 V). 2024 demande s'il permet d'alimenter le plan d'actions, en nombre et en qualité (1.5.15, 30 VD).
  • Culture SSE. 2014 demandait si l'entreprise l'intègre dans ses valeurs (2.3.1, 50 V). 2024 demande si l'employeur l'intègre dans tous les éléments de son système de management (2.3.1, 50 VD).
  • Analyse approfondie. 2014 demandait si un seuil est défini (4.3.5, 25 V). 2024 demande si les critères sont pertinents, dont la gravité potentielle (4.1.7, 50 VD).

Christophe le résume ainsi : « Une existence se vérifie dans un classeur. Un effet se vérifie sur le terrain. »

Culture SSE : le regard passe du salarié à l'organisation

Le chapitre 2.3 passe de « culture SSE / comportement » (5 questions, 175 points) à « culture SSE / facteur humain » (8 questions, 170 points, 250 en renouvellement). Il n'a pas grossi. C'est sa cible qui a bougé.

En 2014, la question 2.3.2 demandait si les salariés font preuve d'une culture SSE (50 V). En 2024, elle demande si la culture est présente à tous les niveaux de l'entreprise et pour l'intégralité du personnel, dont les nouveaux arrivants et les travailleurs temporaires (30 VD). La question ne porte plus sur le salarié mais sur l'organisation : c'est la logique des facteurs organisationnels et humains.

L'évaluation suit le même chemin. 2014 demandait s'il existait un dispositif d'évaluation de l'appropriation de la culture SSE et s'il était appliqué (2.3.3 à 2.3.5, 25 V chacune), sans rien sur le bilan annuel. 2024 demande l'évaluation elle-même, pour l'ensemble des personnels, en sécurité, en santé et en environnement (2.3.6 à 2.3.8, 20 V chacune). La question 5.1.15, nouvelle (25 V), exige que ces résultats figurent au bilan annuel. Le circuit se referme.

Remontées, aléas, points d'arrêt : le terrain doit pouvoir s'arrêter

Les remontées d'information. En 2024, l'existence du dispositif ne vaut plus que 10 points binaires (1.5.14). Ce qui compte : alimenter le plan d'actions SSE (1.5.15) et fonder le bilan sur les remontées terrain, notamment les bonnes pratiques, en sécurité (5.1.11, 30 V). Un dossier peut passer les quatre questions de 2014 et tomber sur celles de 2024, parce qu'elles nomment une destination.

Les aléas. Pour Christophe, c'est le plus gros écart réel entre les deux versions. En 2014, toute modification de l'analyse des risques devait être enregistrée. En 2024, les travaux doivent être interrompus pour reprendre les étapes. Un filet de questions réparties remplace trois questions isolées : révision de l'analyse des risques (3.1.15, 25 VD), de la préparation (3.2.18, 25 V) et de la réalisation (3.3.24, 25 VD), mise au travail (3.3.2, 10 B), jusqu'aux bilans. Le référentiel le dit sans détour : « l'improvisation n'a pas sa place au cours de la réalisation car elle est source de risques non maîtrisés ».

Les points d'arrêt. En 2014, aucune question ne portait sur eux. La question 3.2.10, nouvelle, demande si les modes opératoires les définissent (10 B). Les exigences du chapitre 2.3 ajoutent la culture SSE pour faire face à une situation dégradée, dans le but de proposer une solution alternative. Dix points seulement, mais c'est la seule question du référentiel qui transforme le droit d'arrêt en exigence documentaire.

De l'analyse au résultat : gravité potentielle, prescrit, périmètre

La gravité potentielle. En 2014, elle n'apparaissait que dans le texte des exigences. En 2024, la question 4.1.6 vérifie que le seuil est défini (10 B), et la question 4.1.7, nouvelle, la pertinence des critères : gravité réelle, gravité potentielle, fréquence, occurrence / REX, maîtrise (50 VD). C'est la plus lourde de l'axe 4, et la réponse au problème du taux de fréquence : analyser ce qui aurait pu arriver.

Le plan d'actions. En 2014, la chaîne s'arrêtait à l'action pertinente (4.3.11 à 4.3.13). En 2024, elle continue : des actions pertinentes (4.1.16, 50 V), intégrées au plan d'actions (4.1.17, 10 B, nouvelle), qui améliorent les résultats en sécurité, en santé et en environnement (4.1.19 à 4.1.21, 10 B chacune, nouvelles). L'analyse doit aussi déterminer les causes profondes à tous les niveaux de l'organisation.

Le prescrit et le réel. En 2014, l'écart entre travail prescrit et travail réel figurait dans le texte des exigences du bilan, sans question cotée. La question 3.4.12, nouvelle, demande si le bilan met en évidence les écarts entre l'analyse de la préparation et la réalisation (5 B). Cinq points, mais une question se cote, un commentaire non.

Le périmètre. La question 4.2.12 de 2014 (25 V) vérifiait que les audits chantier ou atelier couvraient le périmètre de certification. La question 4.3.2 de 2024 (50 V) demande si l'audit du système prend en compte l'ensemble des activités du périmètre de certification. Pour Christophe, l'homogénéité passe par la couverture de 100 % de l'activité, et demain de 100 % des agences.

Ce que vous pouvez faire dès lundi : huit questions d'audit

Christophe a condensé ces évolutions en huit questions, dont aucune ne demande d'être spécialiste des FOH. Elles servent à l'auditeur, et tout autant à l'employeur qui prépare son audit MASE.

  1. Montrez-moi la culture SSE ailleurs que dans la politique affichée (2.3.1). Dans le recrutement, les modes opératoires, les entretiens annuels. Si elle n'existe que dans l'affichage et les causeries, la question tombe : 100 points en renouvellement.
  2. Les résultats de votre évaluation de la culture, et leur place au bilan (2.3.6 à 2.3.8, 5.1.15). Le circuit se vérifie en dix minutes.
  3. Trois remontées au hasard, suivies jusqu'au plan d'actions (1.5.15). Pilote, échéance, mesure d'efficacité. Si la piste s'arrête au classement, la remontée n'améliore pas le système.
  4. Le dernier aléa de chantier, et la trace de la reprise des quatre étapes (3.1.15, 3.2.18, 3.3.24). Un chantier sans aucun aléa tracé sur six mois n'est pas un chantier sans aléa.
  5. Trois modes opératoires : combien définissent un point d'arrêt ? (3.2.10). Et qui a exercé un arrêt dans les douze derniers mois ? Une entreprise incapable de nommer un cas est une entreprise où personne n'arrête.
  6. Un évènement sans dommage analysé cette année (4.1.7). S'il n'y en a aucun, le système ne voit que ce qui a déjà fait mal.
  7. Une analyse, l'action qui en sort, l'indicateur qui a bougé (4.1.16 à 4.1.21). Trois documents, trois minutes, et vous savez si l'analyse sert à quelque chose.
  8. Trois bilans de chantier : combien mentionnent un écart prescrit / réel ? (3.4.12). Zéro écart sur trois chantiers n'est pas un bon résultat : c'est le signe qu'on ne regarde pas.

Leur point commun : aucune ne demande d'interpréter un comportement. Toutes demandent de suivre des étapes jusqu'à leurs effets. Et à l'objection « on n'a pas le temps en audit », Christophe répond que ces huit questions prennent une vingtaine de minutes au total et ne demandent aucune compétence nouvelle.

Préparer un audit MASE 2024, ce n'est plus remplir des classeurs : c'est pouvoir montrer des effets. Nous accompagnons la certification MASE de bout en bout, de la construction du système à la préparation de l'audit. Découvrez notre expertise HSE, ou prenez le temps d'échanger avec nous.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui change entre le référentiel MASE 2014 et le référentiel 2024 ?+

La version 2014 vérifiait surtout que les dispositifs existent. La version 2024 regarde ce qu'ils produisent : un retour d'expérience qui améliore les pratiques, des remontées qui nourrissent le plan d'actions, une culture SSE présente dans tout le système de management, des critères d'analyse qui intègrent la gravité potentielle. L'auditeur attend des effets observables, plus seulement des documents.

Que signifient V, B et VD dans la cotation MASE ?+

Ce sont les trois modes de cotation des questions. V désigne une cotation variable, B une cotation binaire, accordée en totalité ou pas du tout, et VD une cotation variable dont les points sont doublés lors d'un audit de renouvellement. Une question notée 50 VD pèse ainsi 100 points au renouvellement.

Comment la culture SSE est-elle évaluée dans le référentiel MASE 2024 ?+

Le chapitre 2.3, intitulé « culture SSE / facteur humain », compte 8 questions. L'employeur doit intégrer la culture SSE dans tout son système de management, l'évaluer pour l'ensemble du personnel en sécurité, santé et environnement, puis reporter les résultats dans le bilan annuel. L'auditeur peut la chercher dans le recrutement, les modes opératoires et les entretiens annuels.

Les points d'arrêt sont-ils exigés par le référentiel MASE 2024 ?+

Oui, c'est une nouveauté. La question 3.2.10 demande si les modes opératoires définissent des points d'arrêt, pour 10 points en cotation binaire, alors qu'aucune question n'en parlait en 2014. Plus largement, quand la situation change en cours de travaux, le référentiel 2024 demande d'interrompre l'activité et de reprendre les étapes, au lieu de simplement enregistrer la modification.

Christophe Lacu
L'auteur
Christophe Lacu
Expert HSE, auditeur MASE

Christophe Lacu a passé 20 ans à la prévention et à la sécurité : ingénieur sécurité sur de grands chantiers, puis responsable QSE en entreprise. Auditeur MASE, membre de COPIL MASE et contributeur de la MASE Académie, il place le facteur humain au cœur de sa méthode. Il a cofondé BS Facility avec Fanny Le Dorze.

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