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Maladies professionnelles : 88 % de TMS, ce que disent les chiffres 2024

Les TMS représentent 88 % des maladies professionnelles reconnues en 2024. Lecture des chiffres de l'Assurance Maladie : ce qui a marché en prévention, ce qui a échoué, et comment les lire honnêtement.

Expert HSE, auditeur MASE

Quel est le risque le plus important pour la santé dans une entreprise ? Christophe Lacu, expert HSE et auditeur MASE chez BS Facility, pose la question à des préventeurs lors d'une rencontre MASE consacrée à la santé. D'expérience, les réponses vont d'abord à la chute de hauteur, aux produits chimiques, aux machines. Les troubles musculo-squelettiques (TMS) arrivent rarement en tête. Les chiffres des maladies professionnelles 2024 racontent pourtant une tout autre histoire. « Ce n'est pas une faute, c'est le symptôme », dit Christophe. Le risque grave attire le regard, le risque lent ne le retient pas.

Maladies professionnelles 2024 : 88 % de TMS

Le rapport annuel 2024 de l'Assurance Maladie, Risques professionnels, ne laisse pas de place au doute.

  • 88 % des maladies professionnelles reconnues en France en 2024 sont des troubles musculo-squelettiques.
  • 44 723 cas de TMS ont été reconnus, sur 50 598 maladies professionnelles au total.
  • 1 accident du travail sur 2 a pour origine la manutention manuelle, sur 549 614 accidents en 2024.

Derrière le sigle, on trouve les tableaux 57, 69, 79, 97 et 98 du régime général : les affections périarticulaires liées aux gestes et postures de travail, les atteintes dues aux vibrations, les lésions du ménisque, les affections chroniques du rachis lombaire. Des épaules, des coudes, des poignets, des genoux, des dos. Rien de spectaculaire, rien qui déclenche une alerte le jour même.

C'est tout le message de Christophe : « Le risque le plus fréquent est celui qu'on ne voit pas arriver, parce qu'il ne fait jamais de bruit. » Un TMS s'installe lentement, sans événement déclencheur que l'on pourrait analyser comme un accident. Il échappe donc aux réflexes de la prévention construite autour de l'accident.

Un coût devenu le premier poste de la branche AT/MP

La tendance de fond est à la hausse. Les maladies professionnelles reconnues progressent de 6,7 % en un an. Pour la première fois depuis dix ans, la barre des 50 000 est franchie. Sur la durée, le nombre de reconnaissances a été multiplié par 2,4 depuis 2000, année où l'on en reconnaissait 21 497.

Le coût suit. En 2024, les indemnités journalières AT/MP atteignent 4,9 milliards d'euros. Pour la première fois, elles deviennent le premier poste de dépenses de la branche. Les rentes, avec 4,7 milliards d'euros, en sont le deuxième.

Dans la répartition des coûts, les accidents du travail pèsent 66 %, les maladies professionnelles 23 % et les accidents de trajet 10 %. Mais une maladie professionnelle, c'est en moyenne 231 jours d'arrêt. Plus de sept mois pendant lesquels un poste doit être tenu autrement.

Pour un dirigeant, la lecture est directe : ce n'est plus une ligne de coût annexe. C'est devenu le premier poste de dépenses de la branche AT/MP, et chaque arrêt long se traduit, dans l'entreprise, par une équipe qui compense.

Vingt-quatre ans de prévention : ce qui a marché, ce qui n'a pas marché

En suivant les reconnaissances depuis 2000 (indice base 100), Christophe fait apparaître deux histoires opposées.

Ce qui a marché. Le bruit, les allergies, les poussières, les affections non cancéreuses de l'amiante : moitié moins de reconnaissances qu'en 2000. La surdité professionnelle passe de 627 à 247 cas. Pourquoi ? « Parce qu'on a capoté les machines, aspiré à la source, substitué les produits. » De la technique et de l'organisation.

Ce qui n'a pas marché. Les TMS, multipliés par près de trois sur la même période. Vingt-quatre ans de formations gestes et postures, d'échauffements, d'affichage en salle de pause. La courbe monte toujours.

Christophe en tire une lecture, qu'il présente comme telle : « Ce que je lis là-dedans, c'est qu'on a su prévenir ce qu'on a traité par la technique et l'organisation, et qu'on n'a pas su prévenir ce qu'on a traité par le comportement individuel. C'est une hypothèse, pas une conclusion du chiffre. »

« La santé dépend plus des précautions que des médecins. » Jacques-Bénigne Bossuet

La phrase a plus de trois siècles. Pour Christophe, c'est exactement ce que la plupart des entreprises ne font toujours pas, « parce que leurs indicateurs santé sont des indicateurs de médecins, pas de précautions ». Compter les arrêts et les reconnaissances, c'est constater. Capoter une machine ou revoir un poste, c'est prévenir.

Des reconnaissances, pas des malades

Les statistiques AT/MP demandent une précaution de lecture, et Christophe y tient. Elles comptent des reconnaissances, pas des malades. Une maladie n'y apparaît que si elle a été déclarée, puis acceptée.

En vingt-quatre ans, le tableau 57 a évolué et la connaissance des TMS a beaucoup progressé. Une partie de la hausse mesure donc une meilleure déclaration, pas une dégradation. L'écart entre les courbes tient en partie à l'évolution des déclarations, pas seulement à celle de la santé.

Cette honnêteté n'affaiblit pas le constat, elle le rend utilisable. Un chiffre que l'on sait lire résiste mieux à la discussion qu'un chiffre brandi. Et le contraste demeure : là où l'on a changé la machine ou le procédé, les reconnaissances ont reculé.

Troubles psychiques : une apparition, pas une hausse

Une autre série mérite qu'on s'y arrête : les troubles psychiques reconnus hors tableau. En 2024, on compte notamment :

  • 668 épisodes dépressifs ;
  • 493 épisodes dépressifs légers ;
  • 185 troubles anxieux et dépressifs mixtes ;
  • 81 réactions aiguës à un facteur de stress.

Plus des deux tiers des reconnaissances hors tableau sont désormais psychiques. Le point de départ donne la mesure du phénomène : un seul cas en 2000. « Ce n'est pas une hausse, c'est une apparition », souligne Christophe. Un sujet qui n'existait pas dans les statistiques il y a vingt-cinq ans.

Là encore, il faut lire juste. Faute de tableau, ces reconnaissances passent par un comité régional, au cas par cas. Le chiffre réel de la souffrance psychique au travail est très supérieur : ce que l'on voit ici, c'est seulement ce qui a été reconnu.

À retenir

  • Les TMS représentent 88 % des maladies professionnelles reconnues en 2024, et la manutention manuelle est à l'origine d'un accident du travail sur deux.
  • Les indemnités journalières AT/MP, 4,9 milliards d'euros, sont devenues le premier poste de dépenses de la branche.
  • La prévention a fonctionné là où l'on a agi sur la technique et l'organisation (bruit, allergies, poussières). Elle a échoué là où l'on a répondu par le comportement individuel.
  • Les statistiques comptent des reconnaissances : une partie de la hausse traduit une meilleure déclaration.
  • Les troubles psychiques, un seul cas reconnu en 2000, représentent aujourd'hui plus des deux tiers des reconnaissances hors tableau.

Les TMS se préviennent sur le poste et dans l'organisation : les charges, les gestes, les rythmes, les effectifs. C'est un sujet où HSE et RH se rejoignent, entre l'analyse des postes d'un côté, la charge de travail et les arrêts longs de l'autre. Chez BS Facility, Christophe Lacu et Fanny Le Dorze, RRH, le traitent à deux. Découvrez notre expertise HSE et notre expertise RH. Une question sur vos postes ou vos arrêts ? Échanger avec nous.

Questions fréquentes

Combien de maladies professionnelles ont été reconnues en France en 2024 ?+

Selon le rapport annuel 2024 de l'Assurance Maladie, Risques professionnels, 50 598 maladies professionnelles ont été reconnues en 2024. C'est une hausse de 6,7 % en un an, et la barre des 50 000 est franchie pour la première fois depuis dix ans. Le nombre de reconnaissances a été multiplié par 2,4 depuis 2000, année où l'on en comptait 21 497.

Quelle part des maladies professionnelles représentent les TMS ?+

Les troubles musculo-squelettiques représentent 88 % des maladies professionnelles reconnues en 2024, soit 44 723 cas sur 50 598. Ils relèvent des tableaux 57, 69, 79, 97 et 98 du régime général. Du côté des accidents, la manutention manuelle est à l'origine d'un accident du travail sur deux, sur 549 614 accidents recensés en 2024.

Combien coûtent les arrêts de travail liés aux accidents du travail et aux maladies professionnelles ?+

En 2024, les indemnités journalières AT/MP atteignent 4,9 milliards d'euros. Pour la première fois, elles deviennent le premier poste de dépenses de la branche AT/MP, devant les rentes, qui représentent 4,7 milliards d'euros. Un arrêt pour maladie professionnelle dure en moyenne 231 jours.

Pourquoi les TMS augmentent-ils malgré les formations gestes et postures ?+

Depuis 2000, les reconnaissances de TMS ont été multipliées par près de trois, malgré les formations gestes et postures et les échauffements. Celles liées au bruit, aux allergies et aux poussières ont été divisées par deux, là où l'on a agi sur la technique et l'organisation. Une partie de la hausse traduit aussi une meilleure déclaration : les statistiques comptent des reconnaissances, pas des malades.

Christophe Lacu
L'auteur
Christophe Lacu
Expert HSE, auditeur MASE

Christophe Lacu a passé 20 ans à la prévention et à la sécurité : ingénieur sécurité sur de grands chantiers, puis responsable QSE en entreprise. Auditeur MASE, membre de COPIL MASE et contributeur de la MASE Académie, il place le facteur humain au cœur de sa méthode. Il a cofondé BS Facility avec Fanny Le Dorze.

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